Aliette LE ROY 
se souvient de
 ce "monstre" 
électronique
 qu'elle
 a connu comme jeune technicienne au LRBA, à Vernon, et en fait la description suivante :


Aliette LE ROY
Aliette LE ROY
« En 1953, le LRBA se dote de sa première «machine à calculer électronique». Les transistors n'existaient pas et chaque tiroir renferme une mémoire de 13 chiffres matérialisés par des lampes radio. Chaque armoire contient 8 tiroirs.

On peut relier entre elles deux armoires pour augmenter la capacité mémoire. La machine du LRBA possède l'équipement maximum permis techniquement. Elle est destinée à traiter tous les essais effectués en soufflerie, ce qui permet aux clients, qui viennent souvent de loin, de rester moins longtemps immobilisés à Vernon en attendant le dépouillement de leurs essais. En effet, la grande soufflerie souffle la nuit car la consommation d'énergie est trop importante pour pouvoir souffler quand les autres usines de Vernon travaillent. La machine à calculer permet de traiter, dans le courant de la journée, tout le travail fait dans la nuit, afin d'être prêt à souffler à nouveau la nuit suivante. Lorsque les calculs étaient faits à la main, des délais aussi courts ne pouvaient être tenus. Il n'existe dans une telle machine aucun organe de stockage, ni pour les programmes, ni pour les données. Il y a une unité de calcul, mais rien concernant les entrées et sorties de données. Pour lire des données et imprimer des résultats, on doit passer par une tabulatrice qui permet de lire les cartes perforées et d'imprimer, par l'intermédiaire de grands tableaux câblés. Il faut un tableau par programme et un des travaux des opérateurs est le câblage de ces tableaux. Le LRBA possède une trentaine de tableaux qui sont alignés tout autour de la salle. En service, le tableau, fixé sur la tabulatrice, est relié à l'armoire de l'unité centrale par deux gros boas de câbles. Des tableaux plus petits, peuvent être accrochés sur l'armoire de l'unité centrale. Chaque ligne de plots correspond à une ligne de programme. Un tableau comporte 64 lignes de plots ; il est donc possible de câbler ainsi des petits programmes ne dépassant pas 64 lignes et de les boucler.

Les programmes et les données sont rentrés au moyen de cartes perforées. Le premier paquet de cartes permet de démarrer le programme, puis suit une série de paquets tous identiques, chaque paquet représentant un pas du programme ; le dernier paquet permet de stopper le travail. En général, un programme remplit un tiroir de meuble à cartes ce qui laisse à l'opérateur de service sur le lecteur, le temps de respirer. Pour la lecture et l'impression des données, il faut prévoir dans les programmes des temps d'attente. En effet, les temps d'exécution des entrées-sorties sont toujours beaucoup plus longs que les temps de calcul (à une toute autre échelle, il en est toujours de même maintenant). On doit donc suspendre les calculs jusqu'à ce que l'entrée-sortie soit exécutée. On utilise des instructions "WAIT" assorties d'un temps d'attente mais attention aux erreurs d'appréciation du temps. On s'est vite aperçu qu'un tel matériel, aussi rudimentaire qu'il puisse nous paraître, n'était pas utilisé à temps plein par les seuls travaux de la Soufflerie. Dès 1954, les autres services techniques du LRBA furent donc invités à profiter de la "merveille". Un planning fût établi et c'est ainsi que le service «Propulsion» eut droit à une demi-journée le jeudi matin.

Pour donner un exemple, une simulation de trajectoire avec influence du vent qui demandait, faite à la main avec table de logarithme et règle à calcul, une semaine de travail, est exécutée en vingt minutes sur la machine ! Le progrès est considérable et ouvre des possibilités énormes dans la mise en œuvre des études »
.

Témoignage extrait du livre "Le LRBA d'hier à aujourd'hui ou 60 ans de modernité;, reproduit avec l'aimable autorisation de Aliette LE ROY et de Christian VANPOUILLE.


Philippe NIEUWBOURG Tags : lrba saba vernon


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